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Pierre Leblanc

voir son travail, cliquer sur le visuel...

 

Pierre Leblanc
artiste du mois de juin 2013
lauréat du concours d'art contemporain
de l'Atelier Z

sur le thème "et la lumière fut"
dans la catégorie photographie
Voir son site...
http://www.pierre-leblanc.com/

 

Entretien avec Pierre Leblanc
mené le 3 mai 2013 à l'Atelier Z
par Léa Fraisse, Attachée de Presse

 

Ma rencontre avec Pierre Leblanc fût très riche. D'emblée, face à ces microcosmes de vie, à ces petits concentrés d'émotions que sont ses photos, je m'étais posée LA question, une question essentielle, une question sans réponse parce que trop subversive, peut-être...: Est-ce que l'art est-il nécessairement militant ? Les œuvres portent-elles toujours quelque part une parole politique ? Projettent-elles une conscience particulière du monde ? Produisent-elles des discours, en somme ? Et même, par pure provocation direz-vous, l'art doit-il être militant ? En devisant avec Pierre Leblanc, qui se récuse de toute forme de volonté politique mais qui pourtant flaire bon l'artiste engagé, mes interrogations sont devenues plus fortes que jamais. Car comme le dit si bien le photographe, l'art est souvent, dans les sociétés opprimées,  le dernier bastion de la révolte, du refus, de l'alternative, du rêve. Mais alors qu'en est-il dans nos sacro-saintes démocraties ? L'art s'endormirait-il ? Est-ce que ce n'est pas précisément dans nos belles sociétés libérales, dirigées par des individus qui nous apprennent à penser la liberté (mais la liberté s'enseigne-t-elle donc??), qui la choie en lui offrant de jolis cadres, des couleurs attirantes, des reflets mordorés mais trompeurs, est-ce que ce n'est pas précisément ici que l'art doit veiller ? Veiller à ne pas s'endormir sur de trop excitantes promesses, à ne pas se laisser aveugler par de folles, mais toujours trop sages lumières, veiller à faire survivre l'utopie dans nos fragiles consciences... ?

Point de réponse, mais les justes mots d'un artiste énervé, qui rêve de changement, réaliste mais jamais pessimiste.

Depuis quand fais-tu de la photo ? Comment y es-tu venu ?

Ca fait 15 ans. J'étais au Sénégal, mon père m'a donné mon premier appareil, que j'ai toujours, et c'est là que j'ai commencé. J'ai essayé de capter ce que j'étais alors capable de capter. J'ai pris conscience que j'avais envie de m'exprimer sur la société et sur ce profond déséquilibre dont nous sommes témoins tous les jours.

Pourquoi la photo ?

Déjà j'aime l'objet, je suis un collectionneur depuis longtemps. J'aime l'objet, et j'aime l'individu. Puis je trouve que la photo est un média intéressant.

J'ai une formation d'éducateur spécialisé, et j'ai réalisé un mémoire sur la photo comme outil de médiation. Un de mes premiers stages a duré 9 mois, dans un centre d'hébergement et de réinsertion sociale d'Emmaüs?: c'est en mettant en place cet atelier photographique avec des familles africaines, en m'immisçant doucement dans le thème de la filiation parent-enfant que j'ai eu le déclic. J'ai pris la décision d'utiliser cet objet qu'est l'appareil photo pour avoir une action sociale, pour dire la société, pour dénoncer, et pour rêver.

Tu vis à Montreuil. La ville, la banlieue, ton environnement est très présent dans tes séries, pourquoi ?

Alors, d'abord, tout vient du fait que je n'ai pas de studio à moi. Je voulais partir d'un décor, du coup j'ai du utiliser ce que j'avais à portée de main, à savoir, ma cour, ma rue, ma ville. Et puis j'aime les gens, j'aime les rencontres. Il y a une rencontre à chaque photo, et la ville est propice aux rencontres.

Oui, alors d'où vient cette idée de décor ? Tes photos sont effectivement comme les scénettes d'une pièce de théâtre...

En réalité, tout part de l'écriture. J'écris beaucoup, je cherche, quel personnage correspond à quelle mise en scène, etc... J'ai travaillé 10 ans dans le cinéma, d'où cette importance du décor dans mes photos. Mes travaux sont souvent des séries?: par exemple Le Banc dont j'ai présenté ici six photos, en comporte plus de trente. Et la vidéo revient petit à petit?: en ce moment je prépare une série de dix tableaux, La vie à l'envers. Chaque photo va être préalablement écrite, comme un scénario, et sera accompagnée d'une vidéo. Je souhaite aller vers quelque chose de plus en plus maîtrisé, plus esthétique.

Qu'est-ce qui t'emmerde dans la société d'aujourd'hui ? Contre quoi est-ce que tu te révoltes ?

Elle me fait surtout très peur. Elle est de plus en plus individualiste, mal gérée. On va droit dans le mur selon moi, la masse s'est laissée endormir, nous sommes pris au piège dans un système qui enferme, qui asservit l'individu.

Mais encore... ?

En fait, il faudrait réintroduire la notion de plaisir au quotidien. Elle est devenue trop rare. Je ne suis pas dans une volonté politique, simplement je pense que nous sommes à l'âge de l'esclavage moderne. L'action collective dort, elle a peur de s'exprimer. Je ne crois pas vraiment aux mouvements de révolte de masse, mais les choses se mettraient peut-être à bouger si une multitude d'actions collectives voyaient le jour. Il faut redonner à l'individu le droit de s'exprimer, le droit de sortir du chemin.

Et l'art n'est-t-il pas une des alternatives qui peuvent ouvrir vers un peu plus de liberté justement ?

Mmmh...La liberté je ne sais pas, je ne sais pas ce que veut dire ce mot. En revanche, oui je pense que l'art est toujours le dernier lieu de création, d'invention, à subsister, alors il ne faut surtout pas s'endormir, il faut dénoncer, et provoquer les consciences. De toute façon je ne serai jamais plus violent que le système, alors je peux aller très très loin dans ma démarche artistique... L'art permet aussi de laisser une trace, quelle qu'elle soit. Que reste-t-il de nous après la mort??

Comment on concilie ce combat avec la vie de tous les jours ?

C'est une liberté qui me coûte très cher. Je travaille à temps plein, je fais énormément de sacrifices, pour la famille, pour pouvoir manger à la fin du mois et payer les factures. Ce côté alimentaire parasite toujours un peu mon travail. Je ne lâcherai pas mais je suis réaliste. Et même si je refuse de continuer à vivre dans ce système, je n'ai pas envie non plus de passer ma vie dans ce combat, je pense qu'à un moment donné j'aurais envie d'amener le plaisir dans mes œuvres.

Qu'est-ce que tu voulais faire quand tu étais petit ?

Je ne sais plus du tout ! (rires). Depuis longtemps j'ai ce côté «?pas d'accord?», ça vient sûrement de mon père qui était quelqu'un de «?pas d'accord?». Je suis sorti du système classique assez tôt, à 15 ans, j'ai travaillé de ci, de là et j'ai vu des choses clairement contestables. C'est un système qui ne me correspond pas. Je suis un solitaire, j'ai du mal avec l'esprit d'équipe.

Une devise ?

Ne dors pas trop longtemps parce que t'auras toute la mort pour dormir. Agis.

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